Aujourd’hui je vais tenter de mettre par écrit un phénomène que j’ai toujours vécu sans en avoir forcément conscience. De la même manière qu’un homme n’a pas peur d’une prise tant qu’il n’a pas été électrocuté, je ne me rendais pas compte de ma différence.
Ma particularité se situe au niveau des souvenirs. D’abord j’en ai relativement peu, bien que des photos puissent me ramener à l’esprit des événements dont je suis incapable de me souvenir par simple évocation. Par exemple je me doute bien avoir fêté le réveillon depuis 10 ans, mais je suis incapable de dire comment s’est passé la plupart des soirées; J’ai par exemple cette photo qui me montre en train de danser et je me souviens qu’on a mangé des haricots ce soir là, mais je suis incapable de dire qui était présent, si la soirée était bonne, qui a couché avec qui etc. Plus grave j’ai invité une fille à venir chez mes parents la semaine dernière, il a fallu qu’elle insiste en me donnant des détails pour que je me rappelle enfin qu’elle était déjà venue cet hiver.
Ceci dit les troubles de la mémoire ne sont pas les plus perturbants. Apres tout avec de l’aide j’arrive à faire remonter à la surface des souvenirs plus précis.
Le véritable problème c’est que les souvenirs de ma vie ne sont pas différents des souvenirs que j’aurais d’un film, le coté extérieur à l’action en moins. Les étapes de ma vie ne sont liées à aucune émotion, aucun ressenti sauf parfois la colère.
Par exemple une personne lambda qui reverra un(e) ex petit(e) ami(e) pourra se rappeler de leurs bons moments passés ensemble, des disputes et de la colère vécue à ce moment là. Ils se rappelleront de ce que ca fait que de l’embrasser. Selon comment l’histoire s’est terminée, du plaisir ou de la souffrance reviendra à la surface.
Moi je ne ressens rien. Enfin si, les traumatismes, réels ou imaginaires, que j’ai subis me reviennent parfois en pleine face quand mon esprit s’égare dans un moment d’ennui. Une petite honte vécue en primaire, une grave erreur avec une fille, de petites choses montées en épingle par mon cerveau. Mais des souvenirs agréables, que je ressens comme agréables, je n’en ai pas.
Par exemple, quand je rencontre une fille et qu’elle me plait, je sais que je veux / dois la séduire, je sais que l’embrasser sera agréable. Mais je ne me souviens pas de l’effet que cela procure. Pour moi l’idée d’embrasser quelqu’un est totalement neutre. J’ai le même ressenti qu’un adolescent puceau qui voit 2 personnes s’embrasser passionnément à la télé. Il sait instinctivement que ca correspond a un besoin biologique, et si le film est un peu olé olé il saura de manière animale qu’il voit là des gens prenant du plaisir. Mais comme lui-même ne l’a pas encore connu, il ne peut piocher dans sa mémoire pour y associer un plaisir. Et moi je suis dans un cas identique. J’ai beau savoir que le sexe c’est du plaisir, j’ai beau l’avoir vécu et avoir aimé cela, c’est comme si j’étais toujours innocent.
Essayez d’imaginer ce que cela veut dire au quotidien, le manque de motivation qui va être lié à cette dissociation souvenirs – sensations. Je ne suis pas pressé de trouver une petite amie vu que je n’y associe pas de sensations charnelles. Je n’ai pas de sensation de manque car on ne manque pas de ce qu’on ne connaît pas !
Bien sur ceci est à relativiser. J’ai déjà été en couple, je me souviens que c’étaient de bons moments. Un peu comme on lit dans un livre que deux personnes sont heureuses ensemble certes, mais ca reste un bon souvenir et non un mauvais.
Je suis également assez dissocié des lieux et des gens. Par chance je n’ai perdu de vue mes copains de lycée, mais si l’un s’éloigne assez longtemps il devient pour moi comme un étranger niveau sentiment. Bien sur je sais que je suis lié à lui par un vécu comment, mais il pourrait passer sous un camion ou avoir 3 gosses j’aurais le même ressenti que si je lisais ça dans le journal. Ceci dit je réagis très fort à ce que je lis dans la presse.
Je retourne aussi souvent dans la maison de mes parents, c’était un lieu important pour moi et à l’époque je décourageais mon père de vouloir déménager. Maintenant il pourrait la bruler que je m’en foutrais pas mal.
Imaginez le tableau au final. J’ai peu de souvenirs de ma vie passée, aucun n’est véritablement bon a mes yeux, aucun ne me motive à en reproduire le contexte, et seuls les épisodes douloureux de ma vie viennent me frapper par moment. Quand on me demande ce que je veux devenir plus tard, la réponse est sans appel, je ne veux rien. Je n’aime rien et je ne déteste rien. Comment un homme sans passé sur lequel s’appuyer pourrait se choisir un avenir ?
Je prévois de regarder ce film, le cas est totalement différent mais j’espère qu’il est plein d’optimisme.








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